Pourquoi la foi soulage certains et accable d’autres ?

Pourquoi la foi soulage certains et accable d’autres ? Réponse d’une psy

Dans mon métier de psychologue, je rencontre souvent des femmes qui témoignent à quel point leur lien avec Dieu a été et reste une ressource précieuse face à la souffrance ou aux épreuves qu’elles traversent. Je ne compte plus les confidences de celles qui m’expliquent que ce qui les empêche de sombrer, voire de commettre l’irréparable, c’est avant tout leur foi, qui leur sert de repère et d’ancrage.

Cependant, la réalité est plus nuancée. Si la foi peut être un puissant facteur de résilience, elle peut aussi, dans certains cas, s’accompagner de mécanismes psychologiques qui renforcent la détresse morale. Ce n’est jamais la croyance en Dieu qui pose problème, mais plutôt ce qui peut s’y greffer : croyances dysfonctionnelles, attentes irréalistes, intolérance à la frustration, perfectionnisme, anxiété de performance, culpabilité invalidante, peurs envahissantes… et la liste est encore longue.

Vous l’aurez compris, le problème n’est pas la foi, mais la dynamique du comportement spirituel.

Cet article a pour objectif d’explorer les effets protecteurs et délétères de la spiritualité sur la santé mentale, tels que mis en évidence par de nombreuses études scientifiques. Pour illustrer ces éléments, j’intégrerai à chaque fois des cas cliniques inspirés de ma pratique auprès de mes patientes. Les noms ainsi que certains détails des cas cliniques ont été modifiés afin de préserver l’anonymat des personnes.

La foi comme source d’apaisement et de résilience

« Étonnante est l’affaire du croyant ! Toute son affaire est un bien pour lui, et cela n’appartient à personne d’autre qu’au croyant. Si un bonheur l’atteint, il remercie (Allah), et cela est un bien pour lui. Et si un malheur l’atteint, il patiente, et cela est un bien pour lui. » (Rapporté par Muslim, n°2999)

La spiritualité peut agir comme un mécanisme d’adaptation face aux événements stressants. Les rituels religieux – tel que la méditation, le recueillement profond dans la prière (khouchou3 الخشوع) ou encore l’évocation des Noms d’Allah (dhikr ذكر)- sont associés à une réduction du cortisol, l’hormone du stress (Koenig, 2012).

Une méta-analyse d’Ano & Vasconcelles (2005) montre que les personnes ayant une spiritualité active ont tendance à adopter des stratégies de coping plus positives, comme l’acceptation et la résilience.

Cas clinique : Inaya 18 ans explique comment pour faire face à son anxiété utilise le principe de lâcher prise à travers le tawakkul. Le dhikr lui permet de se recentrer sur le moment présent et se rappeler que Dieu est capable de toute chose.

La foi aide à se sentir à sa place

La spiritualité apporte des réponses aux questions qui ont toujours tourmenté l’humanité, éclairant l’inexplicable et l’indéchiffrable, à commencer par le sens de notre existence sur Terre. Ces réponses retrouvé dans les Livres Saints mais aussi dans la Création elle-même favorisent un état émotionnel plus stable (Pargament et al., 2011). La foi est souvent associée à un plus grand sentiment de gratitude, d’espoir et de satisfaction de la vie (Park, 2007), ce qui peut être une aide précieuse lors des périodes difficiles.

Cas clinique : Aminata, 30 ans, a longtemps ressenti un vide existentiel, malgré une vie qu’elle considère bien remplie. Petite elle cherchait des explications à sa propre existence, au sens de la vie. Dans une famille non pratiquante, c’est seule qu’elle a apaisé ces incertitudes au travers de sa foi. En thérapie, elle exprime comment la spiritualité lui a permis de mieux comprendre son rôle sur Terre et d’accepter les défis qu’elle traverse avec plus de sérénité. Plutôt que de se focaliser sur ce qu’elle ne peut pas contrôler, elle a appris à voir sa vie comme des opportunités de croissance.

La foi permet de se sentir moins seul

L’appartenance à une communauté religieuse crée un réseau social fort, réduisant l’isolement et améliorant la résilience face aux difficultés de la vie (Smith et al., 2003). Il peut s’agir du lien social physique qui unit les personnes comme lors des assemblées religieuses ou de la prière en groupe. Ces pratiques collectives renforcent le sentiment d’appartenance, un facteur essentiel pour le bien-être psychologique.

Mais ce sentiment d’appartenance ne se limite pas aux interactions physiques : il peut aussi être psychologique, comme la communauté qui se perçoit comme un seul corps, ou encore à travers l’exemple du mois de Ramadan, qui est vécu simultanément par des millions de musulmans à travers le monde.

Cas clinique : Lorsque Soujoud, 29 ans, jamais mariée, a peur de finir sa vie seule comme sa mère qui l’a elevée après le décès de son père. Ses préoccupations ne s’apaisent que lorsqu’elle se souvient qu’Allah n’abandonne jamais Ses Serviteurs et qu’il est l’Omniprésent, l’Infaillible. En parallèle elle peut compter sur ses cours de coran pour créer des liens solides avec ses soeurs en Islam liées entre elle par l’amour en Allah.

La foi favorise le mieux-être du corps et de l’esprit

La spiritualité aide à mieux tolérer la souffrance et à donner un sens aux épreuves physiques et psychiques. Des études sur les patients atteints de maladies chroniques montrent que la spiritualité favorise une meilleure acceptation et une plus grande qualité de vie (Koenig, 2012).

Cas clinique : Atteinte de Sclérose en Plaque, Sirine souffrait de douleurs constantes et se sentait impuissante face à sa condition. Elle a trouvé du réconfort dans la spiritualité, qui l’a aidée à donner un sens à son épreuve. Elle voit en ses douleurs une expiations de ses péchés et est parvenue à transformer sa colère en gratitude et son affliction en privilège.

La foi comme boussole face à l’adversité

La foi est associée à une meilleure résilience face aux épreuves, en offrant un sens à la souffrance et en favorisant des stratégies d’adaptation positives (Pargament, 1997). Des études montrent qu’elle réduit le stress perçu et renforce l’acceptation face aux situations difficiles (Koenig, 2012), jouant ainsi un rôle protecteur contre l’anxiété et la dépression.

Cas clinique : Lamia 45 ans, licenciée après 15 ans dans la même entreprise, sombre dans l’angoisse et le doute sur son avenir. Sa foi l’empêche de céder au désespoir, mais à son âge, elle oscille entre sentiment d’échec et doutes. Finalement, elle décide d’avancer, s’inscrivant à une nouvelle formation, persuadée que si c’est un bien pour elle, Allah la lui facilitera.

Comme nous l’avons vu à travers ces exemples cliniques, la spiritualité peut parfois être une source d’espoir et un moyen d’ancrage. Nénamoins Certains facteurs que nous détaillerons plus bas peuvent transformer la spiritualité en un poids plutôt qu’une source d’élévation. Les personnes constatent avec angoisse que leur foi est devenu source de détresse ou vient aggraver un mal-être déjà présent. Ces phénomènes sont souvent observés chez des patientes souffrant d’anxiété généralisée, de troubles obsessionnels compulsifs (TOC) à thémarique religieuse, ou de dépression.

Quand la foi devient une source de souffrance

« Prenez garde aux excès dans la religion, car ceux qui vous ont précédés ont été détruits à cause de leurs excès dans la religion. » (Rapporté par An-Nasaï, Ibn Majah et authentifié par Al-Albani)

La foi, source de culpabilité et d’auto-blâme

Une spiritualité fondée sur une perception punitive peut favoriser des sentiments de culpabilité excessive et de honte, augmentant le risque de troubles anxieux et dépressifs (Exline & Yali, 2000). Certaines croyances renforcent des pensées irrationnelles comme « je souffre parce que Dieu me punit », ce qui peut conduire à une perte d’estime de soi et un fatalisme négatif.

Cas clinique : Karine souffre d’un profond sentiment de culpabilité depuis sa conversion. Elle interprète chaque difficulté comme une punition divine, elle ne se voit jamais assez bien, ce qui l’enferme dans un cercle de honte et d’auto-blâme. Elle ne cesse de refaire ses ablutions et ses prières, persuadée qu’elle s’est trompé ou qu’elle aurait fauté. Elle est terrorisée à l’idée d’apostasier alors même qu’elle sait que dans son cœur, sa foi est inébranlable. En thérapie, nous avons travaillé sur la restructuration cognitive pour l’aider à travailler sur sa culpabilité. Elle souffrait déjà de TOC qui sont venus se généraliser à sa pratique religieuse. En déconstruisant ses croyances dysfonctionnelles, elle a appris à se défaire de ses obsessions envahissantes

La foi qui contribue à l’isolement social et à l’exclusion

Certaines pratiques religieuses strictes peuvent limiter les interactions sociales en dehors de la communauté, augmentant le risque de solitude et d’isolement (Schuster et al., 2001). Un rejet de la spiritualité par l’entourage peut aussi être source de conflit, créant un déchirement identitaire et une souffrance psychologique.

Cas clinique : Après sa conversion, Juliette, 20 ans, a été rejetée par sa famille et s’est retrouvée à la rue, sans soutien ni repères. Ses amis, influencés par son entourage, ont également pris leurs distances, accentuant son isolement. Confrontée à cette rupture brutale, elle présente un état anxieux et dépressif marqué (perte d’appétit, troubles du sommeil, idées noires, sentiment de solitude extrême).

Elle trouve refuge dans sa foi et sa nouvelle communauté, mais développe une rigidité dans sa pratique, cherchant à prouver sa légitimité. Cette quête d’acceptation a parfois généré des conflits intérieurs entre sa volonté de rester fidèle à ses convictions et la peur d’être à nouveau rejetée.

La foi, rigidité cognitive et intolérance à l’incertitude

Une vision dogmatique de la spiritualité peut entraîner une rigidité mentale, rendant difficile l’adaptation aux changements de vie ou aux crises existentielles (Hill et Pargament, 2003).

Certaines personnes développent une pensée dichotomique (tout ou rien) où toute difficulté est interprétée comme une épreuve divine, sans chercher de solutions pratiques.

Cas clinique : Coumba éprouve une grande angoisse dès qu’elle ne comprend pas un événement de sa vie. Elle cherche des explications religieuses précises pour chaque difficulté et a du mal à tolérer l’incertitude. Son besoin de contrôle l’amène à adopter des comportements obsessionnels, comme multiplier les prières pour éviter une catastrophe imaginaire ou à surinterpréter les signes divins autour d’elle et même jusqu’à analyser systématiquement ses rêves. En thérapie, nous avons travaillé sur la tolérance à l’incertitude et sur une approche plus souple de sa spiritualité.

La foi comme moyen d’évitement

Certaines personnes utilisent la spiritualité comme un mécanisme d’évitement, refusant d’affronter leurs problèmes en les plaçant uniquement entre les mains de Dieu («spiritual bypassing», Cashwell et al., 2004).

Une étude de Pargament (1997) montre que la spiritualité peut parfois être utilisée pour fuir les responsabilités personnelles, empêchant la résolution de conflits ou l’accès aux soins nécessaires.

Cas clinique : Soraya traverse vit une relation abusive avec son conjoint depuis 10 ans mais au lieu d’y faire face, elle évite toute discussion et attend que « Dieu résolve le problème ». Les années passent et la patience se mêle à la frustration, puis à l’impuissance et au désespoir. Quand la violence s’intensifie et les enfants deviennent aussi des cibles, apparaissent des idées noires et un désespoir. En séance, nous avons exploré comment la foi peut être un soutien dans les décisions, mais ne doit pas devenir une excuse pour fuir ses responsabilités. À travers des exercices concrets, elle a appris à prendre des décisions alignées avec ses valeurs tout en agissant sur les problèmes réels.

La foi comme outil de contrôle

Lorsque les principes religieux et la spiritualité sont instrumentalisés, la foi peut devenir un outil de culpabilisation et de contrôle, en particulier sur les femmes. La domination remplace alors l’élévation, en utilisant des croyances qui poussent à accepter la souffrance au nom de la patience et de l’épreuve divine.

Cas clinique : Hanna a grandi dans un environnement où la religion était utilisée comme un moyen de contrôle, notamment à travers des injonctions culpabilisantes sur le rôle des filles, avec un traitement bien différent pour ses petits frères. Elle a longtemps ressenti une obligation de se sacrifier et d’endurer des situations qu’elle ne s’autorisait pas à ressentir comme étant injustes car toujours justifiées par la lecture biaisée de la religion. C’est peu à peu, en apprenant la vie du prophète (sws) et des premières femmes musulmanes que Hanna ouvre les yeux sur sa situation et sur ses ambitions longtemps refoulées. En thérapie, nous avons déconstruit ces croyances et travaillé sur l’affirmation de soi, lui permettant de se reconnecter à une spiritualité plus saine et épanouissante.

Pourquoi la foi soulage certains et accable d’autres ? Réponse d’une psy

Vers une spiritualité saine, du juste milieu

La foi doit être un levier de bien-être et de sérénité; et non une source de souffrance ou un outil de contrôle. Une spiritualité saine permet de trouver du réconfort, du sens et une source de résilience face aux épreuves de la vie, à condition qu’elle ne soit pas détournée par des croyances rigides ou culpabilisantes.

En tant que psychologue, j’accompagne mes patientes dans la reconnexion à une spiritualité apaisante et bienveillante, en les aidant à identifier et déconstruire les schémas psychologiques qui les enferment dans une pratique aliénante. Attention, mon rôle n’est jamais de me substituer à un représentant religieux, n’ayant aucune légitimité à ce niveau. Mon accompagnement est psychothérapeutique : j’aide mes patientes à comprendre les interactions entre leurs croyances, leurs émotions et leurs comportements, afin de retrouver un équilibre entre foi et santé mentale.

Si vous ressentez une pression spirituelle excessive, une culpabilité écrasante ou une détresse liée à votre pratique religieuse, il est essentiel d’en parler. Se tourner vers un spécialiste de la religion peut aider à mieux comprendre certains aspects théologiques, tandis qu’un suivi psychologique permet de travailler sur les mécanismes émotionnels et cognitifs qui alimentent la détresse.

Ne restez pas seule face à votre souffrance : des solutions existent pour retrouver une foi apaisée.


PSychologue en ligne pour les femmes

Psychologue en ligne et indépendante. La psychologie? Elle représente une vocation, mais surtout une évidence depuis ma tendre enfance. Je travaille pour le compte de plusieurs associations d’aide aux victimes.

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